[ Le pouvoir métamorphosant de l'oeuvre écrite. ]

[ Le pouvoir métamorphosant de l'oeuvre écrite. ]
[______Bien des gens ne lisent que pour éloigner l'ennui, comme ils écoutent la radio, regardent la « télé », les images, ou feuillettent les journaux. L'imprimé pullule et on pourrait dire, après tout, que les gens n'ont jamais tant lu. Mais il y a lire et lire. La vraie lecture commence quand on ne lit plus seulement pour se distraire et se fuir, mais pour se trouver. Il y a un jour où tout inconsciemment on passe de l'un à l'autre [...].

[______La lecture est un temps qu'on se donne pour ne plus vivre par influence, par contagion, mais pour reconnaître, choisir son propre chemin et devenir soi-même. Un livre est un outil de liberté. Nous y découvrons la vie d'un autre, soit l'auteur, soit l'un des personnages qu'il a créés, et nous l'examinons avec une bien autre insistance et une autre loyauté que la nôtre propre. Et ainsi devenons-nous un peu autres nous-mêmes sans y prendre garde.

[______Un livre est un objet devant soi, quelque chose sur quoi on peut réfléchir, à quoi on peut revenir, qu'on peut corriger, contredire, discuter, quelque chose qu'on juge. Les images, les sons, passent aussi vite que les moments successifs de la vie. Un écrit, un livre reste. Il faut devant lui dire oui et non. Il fallait autrefois, pour former un homme, le tirer de son silence et lui faire entendre le chant du monde autour de lui. Il faut peut-être autant aujourd'hui le ramener à son silence, le sauver du bruit et le reconduire à la solitude. Un livre est une conversation et tout ensemble cependant un exercice de solitude.


Jean Guéhenno, Carnets du vieil écrivain, 1971
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# Posté le mercredi 03 octobre 2007 09:29

Modifié le lundi 28 juillet 2008 07:35

[ Si c'est un homme ]

[ Si c'est un homme ]

"Quand il pleut, on voudrait pouvoir pleurer.
C'est novembre, il pleut depuis dix jours, et la terre ressemble au fond d'un étang. Tout ce qui est en bois a une odeur de champignon.
Si je pouvais faire dix pas sur la gauche, là sous le hangar, je serais à l'abri ; je me contenterais bien d'un sac pour me couvrir les épaules, ou même de l'espoir d'un feu où me sécher : ou à la rigueur d'un bout de chiffon sec à glisser entre mon dos et ma chemise. J'y pense, entre deux coups de pelle, et je me persuade qu'un morceau de tissu sec serait vraiment un pur bonheur.
Au point où nous en sommes, il est impossible d'être plus trempés ; il ne reste plus qu'à bouger le moins possible, et surtout à ne pas faire de mouvements nouveaux, pour éviter qu'une portion de peau restée sèche n'entre inutilement en contact avec nos habits ruisselants et glacés.
Encore faut-il s'estimer heureux qu'il n'y ait pas de vent. C'est curieux comme, d'une manière ou d'une autre, on à toujours l'impression qu'on à de la chance, qu'une circonstance quelconque, un petit rien parfois, nous empêche de nous laisser aller au désespoir et nous permet de vivre. Il pleut et il vente, mais on sait que ce soir on aura droit à une ration supplémentaire de soupe, et alors on se dit que pour un jour, on tiendra bien encore jusqu'au soir. Ou encore, c'est la pluie, le vent, la faim de tous les jours, et alors on pense que si vraiment ce n'était plus possible, si vraiment on n'avait plus rien dans le c½ur que souffrance et dégoût, comme il arrive parfois dans ces moments où on croit vraiment avoir touché le fond, eh bien, même alors, on pense que si on veut, quand on veut, on peut toujours aller toucher la clôture électrifiée ou se jeter sous en train en man½uvre. Et alors il ne pleuvrait plus."

Primo Levi, Si c'est un homme
Extrait: Chapitre 14, Kraus.

# Posté le vendredi 14 septembre 2007 12:25

Modifié le lundi 28 juillet 2008 07:35

[ Les mots, de mon esprit, de mon coeur...Recherche d'un sens, du sens. ]

 [ Les mots, de mon esprit, de mon coeur...Recherche d'un sens, du sens. ]
Larmes-Amères-Douleur-Désir-Intense-Souffrance-Sexualité-Bonheur-Insouciance-Agrumes-Abîmes-Exotique-Tristesse-Etoiles-Existence-Ephémère-Sensualité-Séduction-Négligence-Sentiment-Amour-Clépsydre-Hydrogène-Parapluie-Charme-Tempète-Sourire-Absolu-Orfèvre-Soleil-Idée-Mélancolie-Nostalgie-Passion-Profonde-Ecriture-Interpretation- Abstraction-Perception-Attaches-Vivace-Liberté-Soucis-Ecumes-Pensées-Echapatoire-Intuition-Incarnation-Sensible-Possible-Paradoxe-Oxymore-Equimose-C½ur-Philosophie-Solitude-Illusion-Souvenir-Destruction-Musical-Voyage-Lumière-Ombre-Légereté-Sombre-Ténebreuse-Humeur-Moment-Coquelicot-Osmose-Oubli-Accord-Allégresse-Ivresse-Plénitude-Silence-Réflexion-Regret-Euphémisme-Attitude-Caractère-Mystère-Imagination-Douceur-Inconscience-Subjectif-Délire-Espérance-Volonté-Onde-Blessure-Fragile-Futile-Saveur-Odeur-Frisson-Papillon-Fraicheur-Caresse-Griffoné-Affection-Evidence-Poison-Colère-Culture-Sensation-Humanité-Energie-Création-Particule-Foule-Faiblesse-Intime-Sublime-Délices-Oranges-Oppression-Ampathie-Altruisme-Inconnu-Poésie-Drame-Catharsie-Fureur-Enfance-Multiple-Folie-Virtuelle-Personnel-Vitalité-Lourdeur-Mimésisme-Univers-Vivre-Critères-Intonation-Réprésailles-Infini-Facétie-Conséquence-Connaissance-Avide-Savoir-Désespoir-Indifférence-Naïveté-Egoïsme-Consécration-Distance-Froideur-Parole-Pluie-Prémonitoire-Complicité-Trahison-Culpabilité-Evasion-Ambiance-Nocturne-Peur-Pulsion-Morbide-Vanille-Caramel-Gourmandise-Couleur-Fantaisie-Inspiration-Sablier-Sacrifice-Safran-Scorpion-Epices-Fragance-Sept-Soir-Simplicité-Spirituelle-Suave-Sucre-Soupir-Surprise-Olive-Curiosité-Saison-Hiver-Octobre-Automne-Clapotis-Eléments-Phénomène-Rêverie-Songe-Avenir-Perversion-Jade-Azur-Emeraude-Exctasie-Flamme-Feminité-Symbole-Aspiration-Aigreur-Soporiphique-Regard-Perception-Parfum-Organza-Ysatis-Chrome-Acidulé-Absence-Ode-Ultraviolet-Eternité-Romance-Amant-Fidèle-Littérature-Miracle-Contradiction-Elégance-Irrésistible-Chance-Paradis-Flacon-Flocon-Cristal-Ecrin-Euphorie-Addiction-Vapeur-Sens-Pureté-Innocence-Senteur-Insinuation-Veines-Tendresse-Chaleur-Drôle-Magnétisme-Lointaine-Harmonie-Possession-Evasion-Dimension-Pardon-Liqueur-Illuminations-Formule-Elixir-Secrets-Essence-Racine-Immensité-Feu-consume-Nuit-Neige-Secondes-Horizon-Interdits-Cri-Perte-Déchiré-Effondré-Privilège-Voile-Ignorance-Origine-Réalité-Fantasme-Réciproque-Rancune-Considération-Déception-Processus-Mémoire-Complexité-Extérieur-Appartenance-Utopie-Confusion-Apparence-Signal-Nuage-Eclaircie-Foudre-Souffre-Oxide-Aiguilles-Exception-Cynisme-Fatalité-Irréparable-Phénix-Impénetrable-Bulle-Visages-Insuréction-Stupeur-Citation-Peinture-Insistance-Pouvoir-Promiscuité-Javanaise-Paranoia-Indéscriptible-Abandon-Faveur-Amertume-Expérience-Sauvage-Cruelle-Anémone-...-

La Nuit Etoilée, Vincent Van Gogh

# Posté le samedi 23 juin 2007 13:17

Modifié le lundi 28 juillet 2008 07:36

[ L'Amant ]

[ L'Amant ]


" Elle avait pleuré parce qu'elle avait pensé à cet homme de Cholen et elle n'avait pas été sûre tout à coup de ne pas l'avoir aimer d'un amour qu'elle n'avait pas vu, parce qu'il s'était perdu dans l'histoire comme l'eau dans le sable et qu'elle le retrouvait seulement maintenant, à cet instant de la musique jetée à travers la mer."



" Et puis il n'avait plus sû quoi lui dire. Et puis il le lui avait dit. Il lui avait dit que c'était comme avant, qu'il l'aimait encore, qu'il ne pourrait jamais cesser de l'aimer, qu'il l'aimerai jusqu'à sa mort. "




L'Amant, Marguerite Duras

# Posté le vendredi 22 juin 2007 17:26

Modifié le mardi 22 juillet 2008 16:15

[ La promesse de l'Aube ]

 [ La promesse de l'Aube ]


" C'était sûr. Mais je ne le savais pas. Ce fut seulement aux abords de la quarantaine que je commençai à comprendre. Il n'est pas bon d'être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c'est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l'amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu'à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu'une femme vous serre sur son c½ur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus."

Romain GARY

# Posté le jeudi 07 juin 2007 15:35

Modifié le mardi 22 juillet 2008 16:15