[ Je ne sais vraiment d'où je tenais l'idée que l'amour pouvait être tout l'œuvre et tout le sens de l'existence. Sans doute avais-je hérité de mon oncle ce manque total d'ambition. Peut-être aussi ai-je aimé trop tôt, trop jeune, de tout mon être, et qu'il ne restait plus en moi de place pour rien d'autre. ]

[ Je ne sais vraiment d’où je tenais l’idée que l’amour pouvait être tout l’œuvre et tout le sens de l’existence. Sans doute avais-je hérité de mon oncle ce manque total d’ambition. Peut-être aussi ai-je aimé trop tôt, trop jeune, de tout mon être, et qu’il ne restait plus en moi de place pour rien d’autre. ]
« Il y avait des journées où je voyais *** à peine. Elle disparaissait dans la forêt avec un gros cahier et des crayons. [...]
J'étais jaloux de ses solitudes, des sentiers qu'elle parcourait sans moi, des livres qu'elle emportait avec elle et qu'elle lisait comme si je n'existais pas. Je savais à présent me moquer de mes excès d'exigence et de mes terreurs tyranniques ; je commençais à comprendre qu'il faut savoir laisser, même à sa raison de vivre, le droit de vous quitter de temps en temps, et même celui de vous tromper un peu avec la solitude, avec l'horizon et avec ces hautes plantes dont je ne connaissais pas le nom et qui perdaient leurs têtes blanches au moindre coup de vent. Lorsqu'elle me quittait ainsi pour « se chercher »-, je me sentais chassé de sa vie pour cause d'insignifiance. Je commençais cependant à m'éveiller à l'idée qu'il ne suffisait pas d'aimer mais qu'il fallait aussi apprendre à aimer et me rappelai le conseil de mon oncle A*, celui de « tenir fermement le bout de la ficelle pour empêcher son cerf-volant d'aller se perdre dans la poursuite du bleu. » Je rêvais trop haut et trop loin. Il me fallait accepter l'idée que j'étais seulement ma propre vie et pas celle de ***. Jamais encore la notion de liberté ne m'était apparue aussi sévère, aussi exigeante et difficile. [...] Il ne m'était jamais venu à l'esprit qu'aimer une femme pouvait être aussi un apprentissage de liberté. Je m'y suis mis, avec courage et application : je ne partais plus dans la forêt à la recherche de *** et lorsque ses absences se prolongeaient, je luttais contre la sensation d'insignifiance et d'inexistence qui me gagnait, en m'amusant presque de me sentir « de moins en moins », jusqu'au moment où, pour mieux en rire, j'allais me regarder dans une glace pour m'assurer que je n'étais pas devenu un nain. Il faut dire que ma sacrée mémoire ne me facilitait pas les choses. Dès que *** me quittait, je la voyais si clairement que j'en venais à me reprocher de l'espionner. Peut-être faut-il avoir aimé plusieurs femmes pour apprendre à en aimer une seule ? Rien ne peut nous préparer à un premier amour. Et lorsque T* me disait parfois : « Allons, tu vas aimer d'autres femmes dans la vie », voilà qui ne me paraissait pas une façon gentille de parler de la vie. »

Romain Gary, Les Cerfs-Volants

# Posté le vendredi 26 septembre 2008 12:09

Modifié le vendredi 26 septembre 2008 13:22

[ Elle se jeta contre moi en sanglotant. Je dus me forcer pour refermer mes bras autour d'elle. Je lui en voulais tellement, tellement... Il n'y a pas de plus grande faiblesse que d'aimer quelqu'un, à la merci. ]

[ Elle se jeta contre moi en sanglotant. Je dus me forcer pour refermer mes bras autour d'elle. Je lui en voulais tellement, tellement...  Il n'y a pas de plus grande faiblesse que d'aimer quelqu'un, à la merci. ]



" Je me suis promenée toute la matinée avec toi au bord de la Seine pendant que tu étais au bureau et j'ai acheté chez un bouquiniste les poèmes du poète brésilien Arthur Rimbaud, tu sais, celui qui fut le premier à découvrir les sources de l'Amazone et qui est né français à la suite d'une erreur tragique qu'il vaut mieux passer sous silence.
Tu ne sauras jamais ce que ta présence signifie pour moi quand tu n'es pas là car le ciel parisien et la Seine sont à cet égard d'une indifférence qui m'irrite par leur air d'avoir déjà vu tout ça un million de fois
et n'être plus capables que d'une carte postale."




Romain Gary,
Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable.
Page 119
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 12 juillet 2008 16:02

Modifié le vendredi 26 septembre 2008 13:34

[ Parce que même Gainsbourg s'inspire des grands poètes... J'espère n'avoir jamais à te dire ça ]

[ Parce que même Gainsbourg s'inspire des grands poètes... J'espère n'avoir jamais à te dire ça ]

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon cour
D'une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure,

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.


Paul Verlaine, Chanson d'automne.

# Posté le mercredi 09 juillet 2008 13:04

[ Je t'appartiens toute entière ]

[ Je t'appartiens toute entière ]
" Les yeux des êtres vivants possèdent la plus étonnante des propriétés : le regard. Il n'y a pas plus singulier. On ne dit pas des oreilles des créatures qu'elles ont un « écoutard », ni de leurs narines qu'elles ont un « sentard » ou un « reniflard ».
Qu'est-ce que le regard ? C'est inexprimable. Aucun mot ne peut approcher son essence étrange. Et pourtant, le regard existe. Il y a même peu de réalités qui existent à ce point.
Quelle est la différence entre les yeux qui ont un regard et les yeux qui n'en n'ont pas ? Cette différence a un nom : c'est la vie.
La vie commence là où commence le regard.
Incipit, page 6.

[...]

Le regard est un choix. Celui qui regarde décide de se fixer sur telle chose et donc forcément d'exclure de son attention le reste de son champ de vision. C'est en quoi le regard, qui est l'essence de la vie, est d'abord un refus.
Vivre signifie refuser.
Celui qui accepte tout ne vit pas plus que l'orifice du lavabo. Pour vivre, il faut être capable de ne plus mettre sur le même plan, au-dessus de soi, la maman et le plafond.
Le seul mauvais choix est l'absence de choix. "

Page 17.

Amélie Nothomb, Métaphysique des tubes.


Photographie: Umbrella duet by Forezt

# Posté le lundi 07 juillet 2008 10:05

[ Ils vivent comme s'ils n'allaient jamais mourir, et ils meurent comme s'ils n'avaient jamais vécu. ]

[ Ils vivent comme s’ils n’allaient jamais mourir, et ils meurent comme s’ils n’avaient jamais vécu. ]

[ Tu n'as pas besoin de faire semblant d'être fort
Tu n'as pas à toujours prouver que tout va bien,
Tu ne dois pas te préoccuper de ce que les autres pensent.
Pleure si c'est nécessaire
Il est bon de pleurer jusqu'à la dernière larme
(alors seulement tu pourras sourire de nouveau) ]

Mitsuo Aida (1924-1991)


Se mentir à soi-même

Cela fait partie de la nature humaine de toujours juger les autres avec une grande sévérité et, quand le vent souffle contre nos désirs, de toujours trouver une excuse pour le mal que nous avons fait, ou maudire notre prochain quand nous échouons. L'histoire qui suit illustre ce que je veux dire.
Un messager fut envoyé en mission urgente vers une ville lointaine. Il sella son cheval et partit au grand galop. Après qu'ils eurent dépassé plusieurs auberges où l'on nourrissait toujours les bêtes, le cheval pensa :
« On ne s'arrête plus pour manger dans des écuries, cela signifie que je ne suis plus traité comme un cheval, mais comme un être humain. Comme tous les hommes, je crois que je mangerai dans la prochaine grande ville. »
Mais les grandes villes passaient, l'une après l'autre, et le conducteur poursuivait son voyage. Alors le cheval commença à penser : « peut-être que je ne suis pas devenu un être humain, mais un ange, car les anges n'ont jamais besoin de nourriture. »

Enfin, ils atteignirent leur destination, et l'animal fut conduit à l'étable, où il dévora avec un appétit vorace le foin qu'il trouva.
« Pourquoi croire que les choses changent si elles ne suivent pas leur rythme habituel ? se disait-il. Je ne suis ni un homme ni un ange, mais seulement un cheval affamé. »

Restons ouverts à l'amour

Une rose rêvait jour et nuit de la compagnie des abeilles, mais aucune ne venait se poser sur ses pétales.
La fleur, cependant, continuait à rêver. Durand ses longues nuits, elle imaginait un ciel où volaient de nombreuses abeilles, qui venaient tendrement l'embrasser. Ainsi, elle parvenait à résister jusqu'au jour suivant, où elle s'ouvrait de nouveau à la lumière du soleil.
Un soir, connaissant la solitude de la rose, la lune demanda :
« N'es-tu pas lassée d'attendre ?
- Peut-être. Mais je dois continuer à lutter.
- Pourquoi ?
- Parce que si je ne m'ouvre pas, je me fane. »
Dans les moment où la solitude semble écraser toute beauté, nous n'avons d'autre moyen de résister que de rester ouverts.


Paulo Coelho, Comme le fleuve qui coule
(Extraits d'un livre qui apprend beaucoup de belles choses, parfois très utopiques, mais au fond d'une tendresse qui réchauffe le coeur les soirs où les larmes coulent sans que l'on puisse les arrêter, même en les essuyant.)

# Posté le samedi 24 mai 2008 15:09