" La première fois, au café, Bérénice parlait très posément, malgré cette peur qu'elle avait, qui était la peur naturelle de toutes les femmes devant le véritable amour. Elle disait bien qu'elle n'aimait pas, qu'elle ne croyait pas aimer Aurélien, mais tout dans son attitude le démentait. Sans quoi, de quoi donc avait-elle peur ? L'essentiel était qu'elle craignait de céder, de ne pouvoir échapper à ce destin, qu'en elle quelque chose appelait, quelque chose dont elle n'était pas maîtresse. Non pas qu'elle se fît du don d'elle-même une idée délirante. Si elle n'avait eu pour Aurélien qu'un simple penchant, un goût physique...peut-être...pourquoi pas ? Mais c'était trop grave. Voilà ce qu'il y avait. Il aurait fallu arrêter le déroulement de cet amour. Elle ne pouvait en même temps ni se résoudre à faire du mal à Aurélien ni se résoudre à l'épreuve d'un feu dont elle sentait déjà la brûlure. En même temps, elle était comme ivre de ce qu'il l'aimât. C'était une chaleur à laquelle elle ne pouvait renoncer. Elle tenait à cet amour. Elle y croyait. Elle y croyait d'une façon désespérée. Elle s'effrayait aussi qu'il pût mourir, cet amour d'Aurélien. Par exemple faute d'aliment. Elle croyait en lui, mais elle croyait aussi qu'il pouvait être de son pouvoir, à elle, de le décourager, de le détruire. Et cela vraiment, elle n'y pensait pas sans terreur, sans horreur. Une chose si rare, si précieuse, si grande. Comment refuser au sort un cadeau qu'il vous fait une fois, et que plus jamais il ne vous fera peut-être ? Elle était torturée à l'idée de perdre cet amour qu'elle affirmait ne pas partager. "
Aurélien, Louis Aragon, 1944, page 432
" Il y a une passion si dévorante qu'elle ne peut se décrire. Elle mange qui la contemple."
" Qui a le goût de l'absolu renonce par là au bonheur. "
" Qui a le goût de l'absolu renonce par là au bonheur. "
![[ Il est plus facile de mourir que d'aimer.] L. Aragon](http://26.img.v4.skyrock.net/26b/fragile7/pics/1440211083_small.jpg)